Comprendre la mondialisation

Master Mondialisation appliquée

9 avril 2024

À l'heure où la mondialisation s'intensifie dans tous les domaines, le master Mondialisation appliquée permet d'en comprendre les mécanismes pour en appréhender les dimensions géostratégiques et économiques, mais aussi les enjeux sociétaux.

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Les échanges entre peuples et territoires ont toujours existé, rappelons-nous la fameuse Route de la soie, qui remonte à plus 2.000 ans avant notre ère. Mais, en s’intensifiant, ces échanges ont totalement changé les dynamiques internationales. Le développement des moyens de communication, l’affaiblissement des États, le poids des entreprises multinationales et la montée en puissance des ONG rebattent les cartes du local, du régional et du global.

Bien que familière, la mondialisation est le produit de dynamiques de plus en plus complexes. C’est ce que le master Mondialisation appliquée permet d'appréhender : les nouvelles relations entre États ou groupes d’États, la tentation du repli (faut-il continuer ainsi ? arrêter ? moduler ?) et bien sûr, les limites de plus en plus criantes des grilles d’analyses traditionnelles.

Les compétences acquisesP2

La mondialisation et ses implications concrètes sont au cœur de ce master, l’objectif étant de mieux agir à l’international à partir d’une meilleure appréhension de la relation triangulaire État-entreprise-société civile qui s’est désormais imposée un peu partout.

Les débouchés sont aussi variés que les origines professionnelles des auditeurs du master. Les diplômés se dirigent notamment vers :

  • des fonctions de direction opérationnelle dans le secteur privé (développement international, partenariats internationaux, filiales, etc.) ;
  • des fonctions de direction dans le secteur public (diplomatie), les institutions internationales ou les ONG ;
  • la consultance internationale (développement, RSE, Supply Chain, etc.).

Suivre les enseignements du master Mondialisation appliquée, c’est acquérir les compétences requises pour entrer de plain-pied dans la globalisation, ses enjeux et ses codes :

  • une compréhension dynamique des principales facettes de la mondialisation (géopolitique, géoéconomique et culturelle) ;
  • une maîtrise des méthodes et outils nécessaires aux décisions de développement international des entreprises (exportation, implantation, partenariats, etc.) ;
  • une distance critique permettant de gérer les contradictions des différentes grilles d’analyse de l'international.

En résumé, le master Mondialisation appliquée, c’est un regard sur « le coup d’après » et une boîte à outils personnalisée pour mieux se repérer sur les chemins sinueux de la globalisation.

3 QUESTIONS À KARIM MEDJAD, PROFESSEUR DU CNAM, RESPONSABLE DU MASTER MONDIALISATION APPLIQUÉE

LMComment votre master forme-t-il au concept de mondialisation des échanges commerciaux ?

La particularité de ce master tient d’abord à la manière dont il aborde la mondialisation. Il existe beaucoup de programmes de formation en lien avec le développement international des entreprises ou les relations internationales, mais, chez nous, les frontières traditionnelles entre secteurs publics et privés, par exemple, ou entre zones géographiques (OCDE, UE, BRICS, pays émergents) font l’objet d’une constante remise en question.

Ensuite, ce master utilise les prismes disciplinaires comme des angles d’approche plutôt que comme des grilles d’analyse. Moi qui enseigne les contrats internationaux, par exemple, je crois évidemment que les outils qu’apporte cette matière sont très utiles. Mais je crois aussi que la compréhension de leurs limites l’est tout autant, car c’est elle qui permet de développer un regard original et tout en finesse sur l’international, en mesurant, par exemple, à quel point il est facile de se tromper d’enjeux.

Enfin, ce master joint le geste à la parole. Nous donnons la possibilité à nos élèves de tester eux-mêmes cette approche singulière de l’international, car notre séminaire le plus important en volume est intégralement consacré au « coup d’après » et à la façon de s’y préparer. Ce séminaire permet au passage de comprendre qu’à l’international, il est facile de passer d’un secteur d’activité à un autre.

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Quelles sont les qualités nécessaires pour être adapté à la mondialisation quand on est un salarié ou un chef d’entreprise ?

Pourquoi limiter cette question à l’entreprise ? En réalité, ces qualités sont les mêmes dans toutes les organisations, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’un organisme public ou d’une ONG. C’est la raison pour laquelle nous accueillons des élèves aux profils très hétérogènes, qui n’ont souvent en commun que leur appétence pour l’international.

Pour en revenir à votre question, je vais essayer d’y répondre avec toutes les réserves de rigueur, car elle est très large et je suis sûr que lorsque cet entretien sera terminé, d’autres qualités me viendront à l’esprit !

La première des qualités est de comprendre qu’il n’y a ni pays facile ni pays hors d’atteinte. À chaque pays correspond des contraintes spécifiques, aucune n’est insurmontable. La bonne nouvelle est que le Tadjikistan est une destination plus accessible qu’il n’y paraît. La mauvaise est que les États-Unis comportent une dose d’exotisme insoupçonnée qui ne facilite pas les choses. Donc surtout pas de préjugés.

La seconde est le sens de l’observation. Je vais préciser mon propos. Si je prends ma propre expérience du monde, je peux dire que je suis allé dans beaucoup de pays difficiles, voire très difficiles, parfois dans des États défaillants ou faillis. J’ai donc vu beaucoup de pays sans institutions et sans droit. En revanche, je n’ai jamais vu de pays sans règles. Et ces règles, pour les identifier et les comprendre, il faut savoir observer et garder l’esprit ouvert. Donc aller sur le terrain pour pouvoir décider en connaissance de cause.

Une troisième qualité est d’assumer nos limites humaines et donc, de ne pas chercher à se dédouaner en se conformant à je ne sais quelle orthodoxie managériale. Le choix d’aller dans un pays plutôt qu’un autre, d’y travailler avec ceux-ci plutôt qu’avec ceux-là comporte nécessairement une dose de subjectivité, alors donnons à nos valeurs la place qu’elles méritent dans le processus de décision.

Une dernière qualité qui me semble importante est la patience. L’international, ce n’est pas seulement plus loin, c’est aussi plus long. On met plus de temps à se comprendre, à se décider, à se faire confiance… C’est ainsi et ce n’est pas un drame, alors il faut l’accepter sereinement. J’avoue ne pas être le plus qualifié pour donner ce genre de conseil, ce qui veut dire que je suis bien placé pour mesurer le prix de l’impatience.

La globalisation est de plus en plus critiquée, notamment pour ses effets sur le climat : s’achemine-t-on vers un retour en arrière ? Et à quelle échelle ?

Il existe un indice développé par des ONG écologiques que l’on appelle « l’indice de la chaussette ». Il permet de mesurer l’écart entre le prix total – transport compris – d’une paire de chaussettes que vous achetez, selon qu’elle a été fabriquée près ou loin de chez vous. L’argument est le suivant : si cela vous coûte moins cher d’acheter une paire de chaussettes fabriquée en Chine que la même paire fabriquée en France, c’est que les hydrocarbures ne sont pas assez taxés, le bon niveau de taxe étant celui qui permet au moins d’aboutir à un coût de transport qui égalise les deux prix. Alors je ne sais pas jusqu’à quel point l’on va taxer les énergies fossiles, mais il est clair que le retour en grâce des circuits courts est plus qu’une mode.

De là à annoncer une réindustrialisation massive de pays comme la France, il y a un pas que je ne franchirai pas. Cela dit, les échanges internationaux ne sont pas qu’économiques, ils sont aussi humains et c’est grâce à cette mondialisation tant décriée que l’on peut espérer une compréhension mutuelle sans laquelle il n’y aura pas d’avancée majeure en matière d’environnement.