Fabriquer l'innovation

Un Mooc innovant sur l’innovation

5 mars 2018
9 avril 2018

Après le succès de sa première session en 2017, le Mooc du Cnam « Fabriquer l’innovation » revient le 5 mars 2018 pour une deuxième édition renouvelée. Vous gérez des projets d’innovation, vous vous intéressez au phénomène de l’innovation, à l’histoire de l’innovation, vous voulez aller au-delà des banalités managériales sur la disruption… cette nouvelle édition est pour vous !

Ce Mooc Fabriquer l'innovation renoue avec la tradition pédagogique de l’enseignement à partir des objets des collections du Musée des arts et métiers à Paris. Le Musée fut d’emblée un lieu d’apprentissage des arts et métiers par la pratique. Les objets du Musée des arts et métiers constituent un exceptionnel support pédagogique de l’innovation d’aujourd’hui encore. C’est là que réside le pari du Mooc : mobiliser des objets du passé pour comprendre et agir en innovateur aujourd’hui ! Par exemple, les business men de la machine à vapeur de la Watt et Boulton company du XVIIIe siècle n’ont rien à envier aux « start-upers » de 2018. Ou plutôt, les entrepreneurs d’aujourd’hui peuvent apprendre d’un modèle économique original et innovant qui fut un facteur de succès économique durable. Les raisonnements sous-jacents sont les mêmes.

Le Mooc croise une perspective managériale et une perspective historique pour faire comprendre les processus de l’innovation et en particulier de l’innovation de rupture. L’histoire donne le recul et l’épaisseur nécessaires à la compréhension fine des processus d’innovation là où le management fournit des cadres d’action.

Les objets du passé portent la mémoire de leur invention, ils permettent de retracer précisément les processus de conception. Deux types d’objets sont mobilisés dans le Mooc : des objets patrimoniaux qui n’existent plus de nos jours, comme la machine à vapeur de Watt, et des objets « lignée » qui existent encore aujourd’hui, généralement sous des formes différentes, et dont nous avons en partie perdu la mémoire originelle (comme la micro-informatique). À chaque fois, les processus d’innovation, replacés dans leur contexte historique, ont une portée générale qui dépasse ce strict contexte. Les objets deviennent des supports pédagogiques très contemporains, surtout s’ils sont filmés, animés numériquement pour certains, et analysés.

Un Mooc en cinq modules

Le Mooc est organisé en 5 modules sur une durée de 5 semaines. Chaque module se compose de 4 à 6 séquences vidéos, de 10 minutes chacune environ, avec des évaluations associées (par vidéos, par semaines et finales).

Le premier module est consacré à la machine à vapeur, emblème de l’innovation technique de la première révolution industrielle. Il montre comment l’innovation technique de James Watt a été dépassée ou plutôt intégrée dans des innovations managériales. Pour que l’innovation se diffuse internationalement, il a fallu une organisation collaborative, il a fallu concevoir la valeur d’un objet qui n’existait pas jusque-là ; il a fallu inventer un système de maintenance, de distribution, d’apprentissage et de construction de la confiance.

Un deuxième module s’intéresse à l’innovation de rupture et à la notion de « dominant design ». Il est ainsi question du Fardier d’artillerie du XVIIIe siècle, le premier « véhicule automobile » de Cugnot et de l’avion d’Ader. À près d’un siècle d’écart, ces deux objets sont des inventions emblématiques qui n’ont pas trouvé les conditions de leur diffusion. Ce module est aussi l’occasion d’actualiser et de clarifier la notion d’innovation de rupture et de « disruption ».

Un troisième module est consacré à la micro-informatique. Méconnues, les origines de cette histoire sont françaises. Le Mooc détaille les conditions de l’invention et les conséquences du passage à la miniaturisation grâce à la puce électronique, c’est-à-dire permet de comprendre comment nous sommes passés de la « grosse » à la « petite » informatique. Les succès de la « Silicon valley » vont aussi dissiper les premiers succès français…

Micro-informatique

Un quatrième module traite du Minitel. Franco-français, cet objet est emblématique d’une fabrique étatique de l’innovation. Testés dès la fin des années 1970, les services Minitel se sont éteints le 30 juin 2012. Le Minitel a été le premier écosystème de réseau numérique à destination du grand public, et un franc succès engendrant plusieurs milliards de revenus par an dans les années 1980-90. Une approche attentive du processus d’innovation montre que le Minitel a permis des avancées singulières et originales, notamment dans le modèle d’affaires, reprises dans d’autres innovations, y compris par Apple.

Le cinquième module, entièrement nouveau, est consacré à des témoignages contemporains sur la fabrique de l’innovation.

Cette nouvelle session augmentée du Mooc « Fabriquer l’innovation » est entièrement réalisée dans les espaces du Musée des arts et métiers avec :

  • des moyens infographiques et cinématographiques,
  • des nouveaux supports de cours rédigés et illustrés des objets présentés dans les vidéos,
  • une évaluation additionnelle,
  • des nouveaux témoignages d’innovateurs et d’explorateurs contemporains.

Le témoignage d'innovateurs et d'explorateurs contemporains

  • Médecin et explorateur, Jean-Louis Étienne est une figure des expéditions innovantes. Il nous fait d’emblée partager sa passion du Musée des arts et métiers. Il témoigne des inspirations et des comportements de l’explorateur, qui constamment remet le rêve à la surface, s’adapte à l’environnement qu’il découvre et s’inspire des figures du passé pour réaliser ses projets. Il explique également comme se constitue et se maintient une équipe aux expertises variées. Il revient enfin sur l’enrôlement ou la conviction des indispensables sponsors et témoigne sur son dernier projet d’innovation de rupture, le « navire vertical » Polar Pod.

Jean-Louis Étienne

  • Paul Benoît a fondé Qarnot computing en 2010. Cette ancienne start-up compte aujourd’hui 27 personnes. Elle a construit son innovation sur une rupture à la fois astucieuse et complexe : briser l’identité des gros « datas centers » (qui rassemblent et protègent de très nombreux serveurs) en distribuant les ordinateurs dans des logements et récupérer ainsi leur chaleur afin de chauffer gratuitement les occupants. Inspiré par le fonctionnement des machines, ce projet entrepreneurial est une fabrique complète d’innovation.
  • Le premier TechShop a ouvert en Californie en 2006 et le groupe Leroy Merlin inaugurait le premier TechShop en France en 2015. Maud Berenger et Mathilde Berchon, deux des responsables de cet atelier collaboratif et de fabrication, témoignent sur le fonctionnement, les enjeux et les réalisations de cette fabrique d’innovation. Ici, c’est le lieu qui est innovant. Il s’inscrit dans le grand mouvement des « makers » ou du « faire » et des différents tiers lieux d’innovation.
  • Lionel Dufaux, quant à lui, responsable de collection au musée des arts et métiers, retrace et démêle les grandes étapes de l’innovation ferroviaire, de la machine à vapeur à l’Hyperloop d’Elon Musk. Il relie la descendance du Fardier de Cugnot aux promesses des innovations de rupture en cours aujourd’hui. Son analyse vient compléter et renforcer la semaine de vidéos sur l’innovation de rupture.

Fabriquer l'innovation, mais pour qui ?

Le Mooc intéressera tout autant des managers en entreprise, des cadres de collectivités territoriales, des étudiants, des élèves, des entrepreneurs, des membres de communautés d’innovation, des ingénieurs, des innovateurs sociaux, des designers, etc. Avec le Mooc Fabriquer l’innovation vous :

- découvrirez des histoires d’innovation autour de l’automobile, des services numériques, de la télématique, du vélo, d’objets volants, du cirque et de beaucoup d’« objets hybrides »,

- comprendrez les conditions du passage de l’invention à l’innovation,

- comprendrez les processus de conception dans leurs dimensions d’organisation (comment collaborer pour innover ?), de raisonnement créatifs (comment s’engendrent les idées nouvelles ?) et d’analyse de la valeur (comment donner de la valeur ?),

- vous développerez une capacité d’analyse et de critique des situations d’innovation.

Une fois qu’un Mooc démarre une communauté de plusieurs milliers de personnes se constitue. Les échanges ont lieu au moyen des différentes discussions du forum et de l’animation au moyen d’un « hangout » hebdomadaire, une plateforme de messagerie instantanée et de visioconférence où les enseignants répondent en direct aux principales questions du forum. Matthieu Lefrançois, « community manager » du Mooc « Fabriquer l’innovation », fait vivre ce lien entre la communauté et les enseignants, sur le site du Mooc ainsi que sur les réseaux sociaux.

Ce cours ne nécessite pas de prérequis particulier si ce n’est un intérêt pour les sciences humaines et sociales et pour l’innovation comme pratique et comme phénomène. Avec les équipes de la direction du numérique du Cnam, la réalisation d’un tel Mooc a mobilisé pour la première session plus de 40 personnes et a exigé une année de travail pour ses concepteurs. La seconde session fut à nouveau coordonnée par Guillaume Vatan, le remarquable réalisateur du Cnam, renforcé par les ressources d’une société de production : Fablabchannel. Ce Mooc a reçu le soutien du projet Idefi Promising (programme d’investissement d’avenir initiatives d’excellence en formations innovantes), porté par l’Université de Grenoble Alpes, auquel le Cnam est associé depuis son lancement, et qui réunit une équipe pluridisciplinaire sur la pédagogie de l’innovation en sciences humaines et sociales.

Le Musée des arts et métiers est une pépite de l’innovation. Profitons-en au Cnam pour tirer les leçons du temps long et apprendre à innover aujourd’hui.

Début du Mooc le 5 mars 2018. Rejoignez-nous sur Fun Mooc !

Par Gilles Garel, professeur du Cnam
& Loïc Petitgirard, maître de conférences au Cnam